La lumière est devenue un matériau de construction

À Séoul, un groupe d’artistes crée des espaces qui n’existent que tant qu’ils restent allumés. Entre une commande pour une maison horlogère de deux siècles et une scène de ballet dans une usine désaffectée, leur travail explique pourquoi tant de marques ont cessé d’engager des décors et ont commencé à commander de l’expérience.

Texte de

Caíque Nucci4 septembre 2026
Caíque Nucci

Texte de Caíque Nucci

Rédacteur en chef · 4 septembre 2026

Il existe un type d'œuvre qui ne tient pas dans une boîte de transport. Elle arrive sur place en câbles, projecteurs, miroirs et un ordinateur, occupe toute la salle pendant quelques heures et disparaît lorsqu'on éteint la clé. Il ne reste aucun objet à accrocher au mur ni à conserver en réserve technique. Il ne reste que le souvenir d'avoir été à l'intérieur.

Le groupe coréen knovcompile travaille exactement sur ce point. Fondé à Séoul en 2019, il réunit des artistes qui traitent la lumière et le son comme des matériaux d’œuvre, de la même façon qu’un architecte traite le béton et le verre. La liste des matériaux qu’ils déclarent eux‑mêmes est courte et révélatrice : laser, LED et conception d’éclairage ; composition, mixage et mastering du son ; contrôle en temps réel avec suivi de mouvement et capteurs ; et structure, que le groupe conçoit, fabrique et installe. Les quatre axes en disent plus sur le métier que n’importe quel manifeste : ils composent la bande‑son, écrivent le système qui réagit au public et soudent également le support qui maintient le tout.

Vidéo: knovcompile
Helix, experimento de 2020 sobre o que o olho vê e a câmera registra quando o laser encontra névoa. Imagem: knovcompile
Helix, expérience de 2020 sur ce que l’œil voit et ce que la caméra enregistre lorsque le laser rencontre la brume. Image : knovcompile

Une montre expliquée par la lumière

La commande la plus récente est venue de Breguet, maison horlogère fondée au XVIIIe siècle. L’œuvre s’intitule Movement et constitue une installation audiovisuelle installée à Séoul, dans le quartier de Nonhyeon. L’idée est simple à formuler et difficile à réaliser : traduire le mouvement d’une montre mécanique, cet ensemble de pièces qui fait avancer l’aiguille, en une structure lumineuse que le visiteur traverse à pied.

Le résultat est une forêt de tiges lumineuses suspendues à une grille métallique, reflétée sur le sol sombre. Celui qui regarde en face voit un couloir qui semble ne jamais finir. Celui qui marche sur le côté voit la même grille se désintégrer en profondeur. Le mot tradition apparaît imprimé dans l'air en points précis, parfois lisible, parfois inversé, selon l'angle. C'est un commentaire sur le temps réalisé avec le seul matériau qu'on ne peut empiler.

Movement, instalação encomendada pela Breguet e montada em Seul. Imagens: knovcompileMovement, instalação encomendada pela Breguet e montada em Seul. Imagens: knovcompile
Mouvement, installation commandée par Breguet et installée à Séoul. Images : knovcompile

Un ballet dans une usine

Au même moment, le groupe a signé Invariable, présenté comme spectacle solo à la Power Plant Seoul et sélectionné par un programme public coréen d'art convergent. Là, la proposition s'inverse : au lieu de traduire un objet, la lumière devient la seule façon de percevoir le passage du temps dans un espace immense et vide.

O público diante da cortina de luz, na Power Plant Seoul. Imagem: knovcompile
Le public devant le rideau de lumière, à la Power Plant Seoul. Image : knovcompile
Invariable, apresentado na Power Plant Seoul. Imagem: knovcompile
Invariable, présenté à la Power Plant Seoul. Image : knovcompile

Les photographies de l'installation montrent des danseurs à l'intérieur de cônes et de plans de lumière qui se comportent comme des murs. Le corps entre, traverse, et le mur reste là. Il n’y a aucune projection sur la peau ni écran en arrière‑plan. Ce qui existe, c’est un laser qui découpe la brume, et la brume qui donne au faisceau une surface où il peut devenir architecture. La bande‑son originale a ensuite été publiée sous forme d’album, ce qui révèle quelque chose sur l’ambition du groupe : la musique n’est pas un accompagnement, elle fait partie de l’œuvre et lui survit.

Invariable, 2025. Imagens: knovcompileInvariable, 2025. Imagens: knovcompile
Invariable, 2025. Images: knovcompile
Vidéo : knovcompile

Trente-cinq projets, et la plupart avec une marque dans le crédit

Ce qui rend le cas intéressant pour ceux qui travaillent avec la marque n’est pas la partie galerie. C’est le trafic.

Entre 2019 et 2026, le studio a signé trente‑cinq projets commerciaux sans changer de langage. Il a réalisé l’expérience du Museu Nacional da Coreia en partenariat avec BLACKPINK, la direction visuelle d’un clip du groupe XG, les pop‑ups coréens de Disney pour deux lancements, la célébration des cinquante ans de La Roche-Posay, l’interaction de la fête d’anniversaire du BTS pour HYBE et une capsule de ETRO. Il a collaboré avec LANEIGE, Olive Young, Vans, Benetton, Lush et Adidas, ce dernier dans une pièce laser présentée au salon d’art de Seul en 2025.

Vidéo : knovcompile

C'est une liste qui vient généralement divisée en deux agences différentes : une pour l'art, l'autre pour l'activation. Elle se trouve au même endroit, et c'est la nouveauté. La marque ne fait pas appel à un fournisseur de structure puis cherche un artiste pour signer. Elle commande l'œuvre à celui qui sait aussi la mettre en œuvre, et reçoit en retour une pièce qui peut tenir dix jours debout dans un magasin et encore fonctionner dans une vidéo verticale de quinze secondes.

Invariable, 2025. Imagem: knovcompile
Invariable, 2025. Image : knovcompile

Pourquoi cela va-t-il jusqu'ici

L'économie de l'attention a changé le calcul. Une belle vitrine génère du passage. Une salle où la lumière répond au mouvement de celui qui entre crée un enregistrement, et l'enregistrement circule. L'investissement dans l'expérience physique n'est plus une dépense de point de vente mais devient une production de contenu avec une adresse : le public filme, publie et distribue ce que la marque a monté, sans qu'elle ait besoin d'acheter chaque diffusion.

Il existe un risque inhérent à ce modèle, et il faut le nommer. Quand l'œuvre est faite pour être filmée, elle tend à devenir un décor de photo et à perdre la raison d'être pour ceux qui sont présents physiquement. Le travail du knovcompile échappe à cela pour une raison technique : les pièces ont d'abord été conçues pour la scène et le corps, avec un danseur à l'intérieur, et ce n'est qu'ensuite qu'elles ont été appliquées à la marque. L'ordre compte. Celui qui commence par la caméra revient rarement en arrière.

Pour ceux qui suivent la mode, la beauté et la culture, le message est clair. La prochaine bataille pour l'attention ne sera pas gagnée par la meilleure photo de produit, mais par celui qui saura créer un lieu où la personne veut entrer. Ce lieu, de plus en plus, est fait de lumière.

Complete TV · Reels

Na coleção apresentada durante a Paris Fashion Week, a Zimmermann @zimmermann explorou a trajetória de mulheres australianas que desafiaram

Voir sur Instagram

De Complete

Plus de Caíque Nucci

Voir le profil