RioFW : Aluf

Dans « Dialogues sur le Temps », Ana Luisa Fernandes déplace cette inquiétude dans le domaine du corps, transformant la passerelle en un espace où le passé, le présent et la projection cohabitent dans la friction.

Sarah Rocksane Araujo

Texte de Sarah Rocksane Araujo

Rédaction, Mode et Beauté

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ALUF a ouvert le deuxième jour de la Rio Fashion Week avec une question qui ne se résout pas, mais que l'on traverse : comment habiter le temps sans être englouti par lui ? Dans « Dialogues sur le Temps », Ana Luisa Fernandes déplace cette inquiétude dans le domaine du corps, transformant la passerelle en un espace où le passé, le présent et la projection cohabitent dans la friction. Il ne s'agit pas de répondre, mais de dessiner des possibilités d'existence. Ce que l'on voit d'abord, c'est une suspension. Les looks en blanc établissent une pause presque tactile, comme si le temps ralentissait pour que nous puissions observer mieux ses plis. Il y a une précision silencieuse dans la conception : des cols hauts structurés, des tricots sans manche qui embrassent le corps sans l'emprisonner, des pantalons larges qui glissent avec légèreté. La silhouette ne impose pas : elle suggère. Et dans cette suggestion, la femme ALUF se présente moins comme une figure idéalisée et plus comme un processus en cours.

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Zé Takahashi / @agfotosite

Mais c'est dans le détail que le discours se densifie. Les textures, tantôt rembourrées, tantôt légèrement froissées, tantôt traversées par des ondulations discrètes, évoquent la matière du temps. Il y a des tissus qui rappellent le sable en mouvement, d'autres qui semblent déjà polis, presque nacrés. Les franges apparaissent comme une marque de passage, un tic-tac matérialisé qui accompagne la marche. Rien ici n'est seulement un ornement ; tout opère comme un signe de durée, de transformation. La palette renforce ce parcours. Du blanc initial au beige et à l'ocre, la collection s'ancre dans une échelle terrestre, presque minérale, qui suggère une sédimentation. À certains moments, le corail éclate comme une pulsation. Le noir apparaît quant à lui comme un axe, organisant le regard et introduisant une dimension plus graphique, notamment lorsqu'il dialogue avec les rayures de craie, réinterprétées avec une légère irrégularité. C'est comme si la marque révisait ses propres codes, permettant de petites déviations.

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Zé Takahashi / @agfotosite

Les silhouettes révèlent l'un des points les plus intéressants de la collection : l'affrontement entre contrôle et fluidité. D'une part, des robes drapées qui épousent le corps en courbes continues, presque liquides. D'autre part, des structures qui évoquent la tailleur, des tailles marquées, des volumes aux hanches, des gilets et des superpositions qui organisent le torse. Les femmes dites « tic-tac » apparaissent justement dans ce territoire hybride : fermes, mais non rigides ; conscientes du temps extérieur, mais encore connectées à un rythme interne. Les accessoires littéralisent et élargissent le concept. Les sacs circulaires, avec des inscriptions qui renvoient aux chiffres romains, fonctionnent comme de petites horloges portables, tandis que les bijoux évoquent des mythologies du temps, déplaçant le discours vers une dimension symbolique. Il y a quelque chose de rituel dans cet ensemble, comme si chaque look était une entité, une déesse contemporaine qui négocie quotidiennement entre les délais, les désirs et la mémoire.

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Zé Takahashi / @agfotosite

À la fin, ce que ALUF présente n'est pas seulement une collection, mais un raffinement de langage. L'esthétique ludique qui a toujours traversé la marque reste, mais maintenant tendue par une conscience plus grande du monde.

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